Il existe des complémentarités et des synergies entre les priorités du Fonds fiduciaire pour l’Afrique et celles du Processus de Rabat. Dans quelle mesure peut-on dire que le Fonds Fiduciaire pour l’Afrique est guidé par les messages clés et les recommandations qui émanent du Processus de Rabat ?

Une meilleure gestion de la migration dans les pays d’origine, de transit et de destination « en accord avec le GAMM et les processus de Rabat et de Khartoum » est le troisième des quatre objectifs du Fonds Fiduciaire pour l’Afrique. Ce dernier est organisé en trois volets géographiques qui couvrent différentes régions de l’Afrique : l’Afrique du Nord, le Sahel et le Lac Tchad, et la Corne de l’Afrique.

Dans les deux premières régions, nous reconnaissons que les dialogues sur la migration sont essentiels pour construire un dialogue politique et une confiance mutuelle durable. Cette confiance est un élément indispensable à la recherche de consensus et à l’élaboration de recommandations techniques ou politiques conduisant à des initiatives concrètes et des politiques adaptées. Les dialogues migratoires offrent une plateforme unique pour identifier et suivre les initiatives lors de leur élaboration et leur mise en œuvre. Certaines actions proposées dans le cadre du Fonds Fiduciaire reflètent ainsi les idées et les bonnes pratiques échangées dans le cadre du dialogue.

Un exemple concret de l’impact du Processus de Rabat sur le Fonds Fiduciaire est la création d’une Équipe de Recherche Conjointe au Niger afin de renforcer la coopération entre les pays de destination et de transit en matière lutte contre les réseaux criminels de trafic de migrants et de traite des êtres humains. Cette action pilote a été discutée à la fois lors des réunions du Comité de Pilotage du Processus de Rabat et à l’occasion de la réunion thématique sur la traite des êtres humains et le trafic de migrants (co-présidée par le Portugal et le Niger en décembre 2015). Cette action fut aussi identifiée comme prioritaire dans le Plan d’Action Conjoint de Valette (PACV). Le Processus de Rabat continuera à suivre avec attention les résultats de cette initiative.

 

Comment peut-on améliorer la coordination entre le Processus de Rabat, qui est guidé par le cadre de La Valette, et le Fonds Fiduciaire pour l’Afrique ?

Les Processus de Rabat et de Khartoum ont été officiellement mandatés pour suivre la mise en œuvre du Plan d’Action Conjoint de La Valette, et le Fonds Fiduciaire est l’un des outils clés pour la mise en œuvre de ce plan. Ceux-ci sont donc étroitement liés et interdépendants. Il est essentiel que le Fonds Fiduciaire prenne en compte les décisions politiques prises dans le cadre du Processus de Rabat, mais aussi que ce dernier continue de suivre la mise en œuvre des projets du Fonds et de s’appuyer sur leurs résultats. Le nouveau cadre stratégique (le programme de coopération pluriannuel pour la période 2018-2020) développé par le Processus de Rabat est donc aligné sur les cinq domaines du PACV. De plus, le Plan d’Action de ce programme a été développé de façon à assurer une complémentarité et à éviter toute duplication avec les actions du Fonds Fiduciaire.

Le Fonds Fiduciaire et le Processus de Rabat ont chacun leur propre responsabilité, leur valeur ajoutée et leur rôle à jouer dans le contexte global des migrations. Le Processus de Rabat est un dialogue sur les migrations bien établi qui est parvenu à développer une relation de confiance entre ses membres au cours des 11 dernières années. Le Fonds Fiduciaire a été mis en place lors du Sommet de La Valette de 2015 pour servir d’outil de mise en œuvre et apporter une réponse rapide, flexible et efficace à une situation d’urgence.

La coordination et la création de synergies entre le Fonds Fiduciaire et le Processus de Rabat contribuera à promouvoir l’apprentissage mutuel. L’Instrument de Contrôle et de Rapport du Plan d’Action Conjoint de La Valette comprend une procédure de collecte des données, ainsi qu’une base de données qui permet d’obtenir une vision globale des initiatives migratoires africaines et européennes (programmes, politiques et législations). Cet instrument contribuera également à évaluer le niveau de mise en œuvre du PACV.

 

Pouvez-vous donner des exemples de projets financés par le Fonds Fiduciaire (en particulier dans le volet du Lac Tchad/Sahel) qui contribuent également aux objectifs du Processus de Rabat ?

Le cadre opérationnel du Fonds Fiduciaire au Sahel est basé sur une logique en deux temps. D’abord, celui-ci vise à prévenir la migration irrégulière et le déplacement forcé ainsi qu’à améliorer la gestion de la migration, à travers des projets créant des opportunités économiques ou facilitant le retour volontaire et la réintégration des migrants. Ensuite, le Fonds Fiduciaire vise à établir une approche globale en matière de stabilité et de sécurité à travers ses projets portant sur le renforcement de la gestion des frontières et la lutte contre le trafic transnational et les réseaux criminels. Ces actions complémentaires contribuent toutes à atteindre les objectifs stratégiques du Processus de Rabat.

Un bon exemple est le projet ‘’Groupes d’Action Rapide – Surveillance et Intervention’’ dans le Sahel, qui est mis en œuvre par les États du G5 Sahel et le Sénégal. Ce projet contribue à la sécurité des populations et à la stabilisation aux niveaux régional et national, y compris dans les lieux difficiles d’accès et les zones frontalières.

 

 

Combien de projets sont en cours?

 

À la date actuelle, plus de 90 projets ont été approuvés dans les régions Sahel/Lac Tchad et Afrique du Nord.

 

Étant donné que le Processus de Rabat couvre 2 volets du Fonds Fiduciaire, quelle est la valeur ajoutée des projets transrégionaux ? Quels sont les résultats qui peuvent être atteints ?

Les projets transrégionaux jouent un rôle clé dans la prévention et la lutte contre la migration irrégulière, le trafic de migrants et la traite des êtres humains, qui ont été identifiés comme domaines d’actions prioritaires de coopération lors du Sommet de La Valette de 2015. La dimension transnationale des projets suit la logique des routes migratoires et permet de mieux lutter contre les réseaux criminels, qui sont aussi transnationaux.

Une réponse régionale basée sur le partage d’information et de données est un avantage lorsqu’il s’agit de répondre aux défis stratégiques de la migration internationale, car celle-ci dépasse les frontières nationales. Cette réponse régionale permet par exemple d’impliquer tous les acteurs nécessaires, et elle permet de répondre efficacement à des défis clés, comme la gestion des frontières.

Une coopération régionale efficace a déjà permis d’obtenir des résultats concrets pour certains de ces projets. Des mécanismes de protection ont par exemple été mis en place le long de la route de la Méditerranéenne Centrale, des réseaux de trafic et de contrebande ont été démantelés dans la région du Sahel et du Lac Tchad, et des alternatives économiques au trafic ont été développées au niveau local dans certaines régions.

Le projet « Coopération Sud-Sud » en Afrique du Nord est en ce sens une initiative clé pour opérationnaliser le dialogue en matière de gestion de la migration entre le Maroc, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Sénégal. Ce projet permettra aussi de renforcer la coopération sur des questions d’intérêt commun telles que le rôle des diasporas, la mobilité des étudiants, travailleurs et volontaires, et la protection des migrants de retour.

Après de deux ans de mise en œuvre, quelles sont les principales leçons qui ont été retenues ? Y-a-t-il eu des changements majeurs dans votre façon de procéder ?

Il y a déjà un an, en décembre 2016, des changements majeurs ont été opérés au niveau du champ d’action géographique du Fonds Fiduciaire, qui a été étendu à la Côte d'Ivoire, au Ghana et à la Guinée, trois importants pays d’origine et de transit de la migration irrégulière en Afrique Sub-Saharienne. De plus, la durée du processus d’approbation a été réduite, afin de permettre plus de flexibilité et une mise en œuvre plus rapide.