Le Royaume du Maroc accueillera la prochaine Conférence Ministérielle du Dialogue Euro-Africain pour la Migration et le Développement, lors de laquelle sera adopté le nouveau cadre stratégique du dialogue dans l’objectif de faire face aux défis migratoires communs pour l’Afrique et l’Europe.

Nous avons eu le plaisir d’échanger avec Monsieur Mohammed Basri, Point Focal National marocain pour le Processus de Rabat, sur les priorités du Gouvernement marocain en matière de migration au plan national et international, l’adhésion du Royaume du Maroc à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, et le rôle du Maroc en tant que pays hôte de la Conférence Ministérielle.

  • À la fois pays d’origine, de transit et d’accueil, le Royaume du Maroc s’érige en modèle d’ouverture, de tolérance et de gestion concertée des flux migratoires dans la région. Monsieur Basri, pourriez-vous nous parler des priorités actuelles du Royaume du Maroc en matière de migration au plan national?

«Le Maroc a lancé en septembre 2013 une nouvelle politique migratoire humaniste dans sa philosophie, globale dans son contenu, responsable dans sa démarche et pionnière au niveau régional. Plusieurs réformes législatives ont été menées dans ce contexte, dont notamment l’adoption d’une nouvelle loi sur la lutte contre la traite des êtres humains en août 2016. Deux autres textes de loi sont toujours en cours d’adoption, relatifs respectivement à l’asile et à la migration. De plus, deux campagnes de régularisation exceptionnelle ont été menées respectivement en 2014 et 2017 touchant à chaque fois plus de 25.000 personnes. La procédure de recours de la deuxième campagne est toujours en cours.»

  • Le Royaume du Maroc a été souvent salué par les différents acteurs actifs dans le domaine de la migration et de la protection des réfugiés pour ses résultats positifs en matière de politique migratoire, particulièrement dans le domaine de la protection et l’intégration socio-économique des migrants. Quels seraient vos recommandations aux partenaires du Processus de Rabat en matière de gestion des migrations ?

«En adoptant une Stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile (SNIA), le Maroc a fait passer les questions migratoires du registre des préoccupations exceptionnelles à celui de l’action publique régulière. Il est temps pour tous les partenaires du Processus de Rabat de se reconnaître comme pays d’origine, de transit et de destination et d’élaborer des politiques publiques adaptées à leurs réalités migratoires multiples.»

  • Lors de la 51ème Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui s’est tenue le 4 juin 2017, un accord de principe a été donné pour l’adhésion du Maroc au bloc ouest-africain. Quelles sont, selon vous, les perspectives futures et possibles défis pour le Royaume du Maroc au sein de cette organisation sous régionale dans le domaine de la migration ?

«Le Maroc est depuis longtemps très fortement implanté dans la plupart des pays membres de la CEDEAO à travers ses politiques publiques mais aussi l’action de ses entreprises privées. L’adhésion à la Communauté devrait ouvrir une nouvelle page dans les relations du Maroc avec les pays d’Afrique de l’Ouest caractérisée par un engagement indéfectible à la construction d’un destin commun».

  • En 2006, le Royaume du Maroc a accueilli la première Conférence Ministérielle du Processus de Rabat, où les représentants de plus de 58 pays ont lancé un processus de dialogue afin d’établir une vision commune et partagée sur la migration et le développement. De nouveau, le Royaume du Maroc sera le pays hôte de la 5ème Conférence Ministérielle prévue le 2 mai 2018 à Marrakech. Cette Conférence aura comme triple objectif d’inscrire le Processus de Rabat dans le cadre mondial de la migration; de renforcer son rôle dans le suivi du Plan d’Action Conjoint de La Valette, et de respecter les engagements politiques pris lors du Sommet sur la migration de novembre 2015; par la mise en place d’une base de données y afférente ; et d’adopter son nouveau cadre stratégique, au titre de la période 2018-2020. Quelles sont selon vous les grandes visions que le dialogue devrait porter pour la prochaine décennie?

«La première Conférence Ministérielle Euro-Africaine sur la Migration et le Développement tenue à Rabat en juillet 2006 était pionnière à bien des égards puisqu’elle a permis de mettre pour la première fois les pays situés le long de la route migratoire ouest-africaine, en Europe et en Afrique, autour d’une même table. Depuis cette date, les partenaires du Processus de Rabat ont pu développer un langage commun et une compréhension partagée des enjeux migratoires dans la macro-région. La prochaine décennie sera celle de la consolidation des acquis et de la mise en œuvre effective des engagements aussi bien en matière de gestion des migrations que dans le domaine de l’action pour le développement».

  • Le choix du Royaume du Maroc par les Nations Unies pour accueillir la Conférence Mondiale de la Migration (CIM) le 10 et 11 décembre 2018, est également une consécration de sa politique migratoire humaniste. Les travaux de cette Conférence permettront d’adopter le Pacte Mondial pour des Migrations Sûres, Ordonnées et Régulières, lequel marquera un véritable tournant pour instaurer un système global de coopération internationale plus responsable dans la gestion de la migration et la mobilité humaine. Quelles sont les grandes lignes directrices du Royaume du Maroc sur le CIM?

 «L’Assemblée Générale des Nations Unies a bien voulu accorder au Maroc l’honneur d’abriter la Conférence d’adoption du Pacte Mondial pour des Migrations Sûres, Ordonnées et Régulières. Pour le Maroc, le Pacte est une opportunité historique unique de construire un engagement universel de la communauté internationale pour gérer les migrations de manière humaine et au bénéfice de tous les acteurs».