Nous avons saisit cette occasion pour interviewer le nouveau Coordinateur Principal MMD, M. Michel Lastschenko, qui a pris ses nouvelles fonctions le 3 avril 2018. Il était auparavant l’Envoyé spécial pour les migrations et le droit d’asile au Ministère des Affaires Étrangères belge. Il a représenté à ce titre la Belgique aux discussions du Pacte mondial des Nations-Unies sur les migrations et orienté le dialogue en tant que Président du Comité de Pilotage du Processus de Rabat.

  • M. Lastschenko, vous avez accompagné le développement du Projet Zéro de la Déclaration et du Plan d’Action de Marrakech qui sera soumis à l’approbation ministérielle le mois prochain. Selon vous, quels sont les points de friction potentiels ? quels points, selon vous, généreront les discussions et débats les plus vifs parmi les Ministres ?

 

« Nous espérons sincèrement que le travail préparatoire mené en concertation avec les partenaires du Dialogue depuis l’année dernière nous permettra de réduire les points de divergence lors de la soumission du zero draft de la Déclaration et du Plan d’Action de Marrakech à l’approbation ministérielle. Depuis le début de la préparation du texte, un processus de consultation a été mené auprès des partenaires du dialogue, y compris les membres du Comité de Pilotage. Le texte a notamment été approuvé lors de la dernière Réunion des Fonctionnaires de Haut Niveau (SOM), qui a eu lieu au Ghana en octobre 2017.

L’une des caractéristiques principales de la Conférence Ministérielle est que celle-ci intervient après la Réunion des Fonctionnaires de Haut Niveau de La Valette de février 2017 et le 5ème Sommet UA-UE qui s’est tenu à Abidjan en novembre 2017. Comme vous le savez, lors du premier Sommet de la Valette en Novembre 2015, un mandat de suivi de la mise en œuvre du Plan d’Action Conjoint de la Valette (PACV) a été confié aux processus de Rabat et de Khartoum pour permettre aux pays partenaires du JVAP de dresser le bilan des progrès réalisés. Le futur cadre stratégique du dialogue se place dans la continuité du PACV. Les cinq domaines d’action ont donc été repris afin d’éviter toute ambigüité et de retrouver une cohérence entre le cadre de La Valette et le Processus de Rabat.

Les points de frustration, voire de déception, resteront les mêmes. Principalement, parmi les pays européens, ils concernent l’absence de plus d’actions dans le domaine de la réadmission et du retour, ainsi que dans la lutte contre la traite et le trafic des êtres humains. De plus, les pays africains insistent sur l’importance d’avoir plus d’actions dans le domaine de la facilitation des visas et d’encourager la création de nouveaux moyens visant à favoriser les canaux de migration légale.

 

  • Une fois la Déclaration Politique et le Plan d’Action approuvés au niveau ministériel, pourriez-vous nous en dire plus sur les prochaines étapes du Processus de Rabat ? Comment le Dialogue peut-il assurer que le Plan d’Action soit mis en œuvre et que des résultats soient obtenus ?

 

« Il faut essayer de rendre le programme de coopération le plus opérationnel possible. L’un des grands débats qui a eu lieu au sein de l’Union européenne portait sur le fait que les cadres stratégiques antérieurs n’avaient pas suffisamment mis l’accent sur la mise en œuvre d’actions spécifiques.

Depuis l’adoption du Programme de Rome, le programme de coopération régissant le dialogue pour la période 2015-2017, le PACV et le Fonds Fiduciaire d’urgence ont été lancés et ont conduit à la mise en œuvre d’un grand nombre de programmes.

La dimension régionale est très importante dans le nouveau Plan d’Action. Par exemple, plusieurs pays peuvent décider de soumettre conjointement des initiatives, conformément aux objectifs avancés dans le futur Plan d’Action de Marrakech, afin de faire avancer les choses. Ce n’est pas une question de moyens, mais plutôt une volonté politique. Si la volonté politique est là, on trouvera alors les moyens économiques pour mettre en œuvre les différents objectifs régionaux.

C’est un défi qui sera partagé par la future présidence du dialogue. La Conférence Ministérielle sera l’occasion pour la présidence actuelle, le Royaume de Belgique, de passer le flambeau à la future présidence, qui sera assumée par le Burkina Faso. Nous espérons que le Burkina Faso convoquera une réunion du Comité de pilotage et une Réunion des Fonctionnaires de Haut Niveau pour évaluer la mise en œuvre du plan d’action dans la première phase. Par ailleurs, on espère aussi que des pays annonceront des projets».

 

  • À votre avis, comment pensez-vous que l’adoption future du Pacte mondial sur les migrations impactera le Processus de Rabat et la mise en œuvre de son nouveau cadre stratégique ?

 

« Nous sommes actuellement dans la phase de négociation intergouvernementale qui aboutira à la signature d’un Pacte mondial sur les migrations en décembre au Maroc, un sujet considéré comme un défi majeur pour la planète.

Je profite de cette occasion pour saluer l’engagement et les grands efforts diplomatiques du Royaume du Maroc dans le domaine de la migration. Il accueillera à Marrakech non seulement la Conférence Ministérielle du Processus de Rabat, mais aussi la Conférence Internationale sur la Migration les 10 et 11 décembre 2018, durant laquelle aura lieu la dernière séance des négociations du Pacte mondial. Le Royaume du Maroc a également été désigné pour accueillir la 11ème édition du Forum Mondial sur la Migration et le Développement du 5 au 7 décembre 2018.

La question de l’impact du futur Pacte mondial sur le Processus de Rabat et la mise en œuvre de son nouveau cadre stratégique nous fait entrer dans une discussion de nature plus philosophique. Le Plan d’Action du Processus de Rabat, ou même le PACV, sont des textes qui représentent des engagements politiques à court terme. Le Pacte mondial, tel qu’il est envisagé, compte aller plus loin. Il ne consistera évidemment pas à négocier ce qui a déjà été fait par les accords internationaux, mais plutôt à lancer des pistes à long terme pour réussir à avoir un régime de gouvernance mondiale des migrations. Lorsqu’il sera adopté, il sera de nature non contraignante, mais il comportera des engagements moraux et politiques. Les États qui l’auront adopté seront donc engagés à réfléchir et à voir dans quelle mesure ils peuvent mettre ses différentes actions en œuvre.

L’avantage d’avoir des processus régionaux ou interrégionaux, qui regroupent des pays de l’Afrique de l’Ouest, Centrale et du Nord et des pays de l’Union européenne, c’est que ces différents pays vont lire le texte ensemble et analyser les actions déjà menées dans le cadre du Processus de Rabat. Il est donc essentiel de réfléchir à des nouvelles pistes et d’analyser ce qui est faisable, ce qui n’est pas souhaitable, et ce qui n’est pas possible pour des raisons politiques ou car ce n’est pas applicable à une région spécifique.

Le texte du Pacte mondial va avoir une influence fondamentale. C’est un processus d’élaboration d’une gouvernance mondiale visant à accroitre la coopération sur les migrations internationales dans toutes leurs dimensions».