Le 25 mars 2026 s’est tenue la 5ème réunion en ligne du Réseau des Points Focaux Nationaux pour les personnes migrantes disparues, réunissant plus de 65 participants dont des représentants des gouvernements, du CICR, de l’ICMPD, de l’OIM et de la Commission européenne. Les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont également été conviées à cette discussion. Les échanges ont mis en lumière des défis communs, des enseignements pratiques recueillis sur le terrain ainsi qu’un engagement renouvelé en faveur du renforcement de la coordination et du soutien aux familles à la recherche de leurs proches. La question des personnes migrantes disparues demeure à la fois une priorité sur le plan humanitaire et une priorité en matière de droits humains, appelant à des efforts coordonnés au-delà des frontières.
Depuis janvier 2026, la Suisse assume la Présidence du Processus de Rabat pour une durée d’un an. Dans le cadre de ce mandat, la Suisse poursuit son engagement de longue date sur la question des personnes migrantes disparues, en s’appuyant sur l’élan créé par la première Réunion thématique en présentiel qui s’est tenue à Banjul en juillet 2025. Elle a réaffirmé sa volonté de garantir l’inclusivité et la continuité avec les présidences précédentes, tout en cherchant à introduire des approches innovantes.
Tout savoir sur le Réseau des liens familiaux
La réunion s’est ouverte par une présentation de l’Agence centrale de recherches du CICR, qui a rappelé le mandat et le fonctionnement du Réseau des liens familiaux. Ce système international réunit le CICR, les Sociétés nationales et la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) afin de prévenir les séparations familiales, de rétablir et maintenir les contacts familiaux, de rechercher les personnes disparues et d’accompagner les familles tout au long du processus de recherche.
Le CICR a souligné que l’établissement du sort et du lieu où se trouvent les personnes disparues relève avant tout de la responsabilité des Etats. Si le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge joue un rôle humanitaire essentiel, l’identification juridique des personnes migrantes décédées et le partage d’informations officielles relèvent des autorités nationales. Dans ce contexte, un message clé a fait écho tout au long de la session : une coopération efficace entre les autorités et les acteurs de la Croix-Rouge est indispensable pour résoudre le cas des personnes migrantes disparues.
Une nouvelle action soutenue par l’UE : le projet TRUST
La Commission européenne (DG HOME) a présenté le projet TRUST récemment lancé - Réponse transnationale pour les personnes portées disparues grâce à la recherche et au traçage - et financé par le Fond Asile, Migration et Intégration (AMIF) pour la période 2026-2028.
Mis en œuvre par les Sociétés de la Croix-Rouge italienne, française, portugaise et suédoise et bénéficiant de l’appui technique du CICR, le projet TRUST vise à renforcer les capacités des acteurs institutionnels et de la société civile à identifier, localiser et prendre en charge les cas de personnes migrantes disparues grâce à des formations ciblées, d’outils adaptés et de mécanismes de partage des connaissances. De plus, le projet entend à améliorer l’accès des familles à des mécanismes de signalement sûrs, à des informations fiables et tenues à jour, ainsi qu’à un soutien psychosocial, tout en renforçant la coordination entre les principaux acteurs concernés.
Enfin, TRUST produira des recommandations concrètes et un modèle reproductible destiné à informer les politiques relatives aux personnes migrantes disparues, tant au niveau national qu’au niveau de l’Union européenne. Le consortium a exprimé sa volonté de collaborer étroitement avec le Réseau des Points Focaux Nationaux du Processus de Rabat et d’impliquer ces derniers à ses prochains ateliers et échanges.
L’exemple de la Société de la Croix-Rouge gambienne
La Société de la Croix-Rouge gambienne (SCRG) a exposé la portée de son action sur le terrain en matière de rétablissement des liens familiaux, en illustrant concrètement la mise en œuvre de ces activités à l’échelle nationale. Les actions de prévention constituent un pilier central de son approche, avec des équipes menant de vastes campagnes de sensibilisation communautaires en étroite collaboration avec des leaders locaux et religieux influentes. La SCRG a également décrit son travail quotidien de gestion des cas et de recherche, qui repose sur des suivis réguliers, des visites à domicile et une étroite coordination avec la délégation du CICR à Dakar afin de faire avancer les dossiers efficacement.
Le soutien aux personnes migrantes en situation de détresse constitue un autre volet clé de ses activités, allant de la mise à disposition de services téléphoniques gratuits à une aide au transport pour les personnes bloquées ou en retour vers le pays d’origine. La SCRG apporte également un soutien psychosocial de base aux familles qui sont dans l’attente de nouvelles de leurs proches disparus. Afin d’élargir sa portée la Société nationale recourt à des émissions radio, à la diffusion de messages sur les réseaux sociaux et à un réseau de bénévoles formés, actifs dans l’ensemble des sept régions de la Gambie. La SCRG accorde une attention particulière à la protection des données, en garantissant la gestion et la transmission sécurisées de toute information sensible.
Enfin, la Société de la Croix-Rouge gambienne a également fait part de sa réponse à la tragédie maritime survenue en décembre 2025, au cours de laquelle une embarcation transportant 250 personnes migrantes a sombré au large des côtes gambiennes. Si 102 personnes ont survécu et 39 corps ont été retrouvés, plus de 100 personnes sont toujours portées disparues. Grâce à un soutien d’urgence ciblé, la SCRG a pu mener une large campagne de sensibilisation auprès des communautés et recueillir 44 demandes de recherche émanant des familles affectées.
Un engagement renouvelé en faveur d’une action humanitaire coordonnée
En clôture de la réunion, la Gambie a rappelé l’importance de renforcer la coordination entre les autorités, les Sociétés nationales et les partenaires internationaux afin d’améliorer les réponses collectives. Le partage continu d’informations, le renforcement des capacités et la mise en œuvre d’actions conjointes restent essentiels pour mieux soutenir les familles à la recherche de personnes migrantes disparues.
Dans l’ensemble, les échanges ont reflété un engagement fort et partagé au sein du Réseau afin de préserver la dignité des personnes migrantes et de leurs familles et de veiller à ce qu’aucune personne disparue ne soit oubliée.
Prochaine réunion
Le Réseau s’est considérablement développé depuis 2024 et a franchi une étape importante avec la tenue de sa première Réunion thématique en présentiel qui s’est tenue à Banjul en juillet 2025, renforçant ainsi la coopération régionale concernant les personnes migrantes disparues et favorisant les échanges entre points focaux. Au mois de mars 2026, 26 pays partenaires du Processus de Rabat ont officiellement désigné un point focal.
Fort de cet élan, le Réseau se réunira pour une deuxième rencontre en présentiel des points focaux à Genève les 24 et 25 juin 2026. Cette réunion offrira une occasion précieuse de consolider davantage le réseau, de renforcer la collaboration et de faire progresser la coopération régionale sur les personnes migrantes disparues dans la région du Processus.
Grâce à un financement dédié de la Suisse, la réunion sera coprésidée par la Suisse et la Gambie, avec le soutien du CICR et du Secrétariat du Processus de Rabat.