Le 28 janvier 2026, le Processus de Rabat a organisé un événement spécial consacré à la mobilité induite par le changement climatique, réunissant plus de 100 représentants issus de 38 pays partenaires, ainsi que des organisations régionales et internationales. En tant que premier événement du Processus de Rabat dédié à cette thématique, il a marqué une étape importante dans le renforcement du dialogue et de la coopération sur la mobilité liée au climat dans la région.

S’inscrivant dans le cadre du Plan d’action de Cadix (Préambule ; Objectif 2, Action 5), cet événement — coprésidé par le Nigéria et la Suisse — a permis d’examiner comment le changement climatique reconfigure déjà, et continuera de déterminer de manière croissante, les dynamiques de mobilité dans la région du Processus de Rabat.

Réunissant des experts de premier plan, la réunion a contribué à approfondir la compréhension, par les pays partenaires, des risques et des impacts climatiques, des défis auxquels sont confrontés les pays et communautés affectés, ainsi que des besoins et opportunités partagés entre les régions africaine et européenne.

Les discussions ont porté sur les approches permettant de renforcer la résilience des communautés affectées sur place, tout en garantissant l’accès à des mécanismes de protection et à des voies de migration sûres lorsque la mobilité constitue la stratégie d’adaptation la plus appropriée. Les échanges ont mis en évidence la nécessité pour les États de passer d’une gestion réactive des crises à des réponses plus anticipatives face aux pressions liées au climat.

Principaux enseignements

Les discussions ont mis en lumière plusieurs constats clés :

  1. Le changement climatique reconfigure de plus en plus les conditions de vie dans la région du Processus de Rabat, avec des implications majeures pour les moyens de subsistance, les droits humains, la sécurité et les dynamiques de mobilité. Au cours de la dernière décennie, plus de 14 millions de déplacements internes liés au climat ont été enregistrés dans les pays partenaires, dépassant ceux causés par les conflits et la violence à l’échelle mondiale.
  2. Les impacts sont inégalement répartis et aggravés par des vulnérabilités préexistantes, telles que la pauvreté, la précarité socio-économique, les inégalités de genre, l’isolement géographique et l’accès limité aux services, réduisant significativement la capacité des individus et des communautés à s’adapter sur place.
  3. Les impacts climatiques génèrent un éventail de dynamiques de mobilité, incluant la migration interne et transfrontalière, les déplacements forcés, la relocalisation planifiée lorsque certaines zones deviennent inhabitables, ainsi que des situations d’immobilité affectant les personnes dans l’incapacité de se déplacer en raison de contraintes et de vulnérabilités.
  4. La mobilité s’inscrit souvent dans des processus d’adaptation progressifs, débutant généralement par des stratégies locales avant d’évoluer vers des formes de mobilité internes plus larges ou transfrontalières. Lorsque les options d’adaptation sont épuisées, les déplacements se produisent fréquemment dans des conditions réactives et précaires, exposant les individus à des risques accrus en matière de protection.
  5. Des obstacles persistants entravent l’accès aux financements pour l’adaptation, les procédures complexes et contraignantes empêchent les communautés les plus affectées de bénéficier des ressources disponibles, ce qui compromet l’efficacité des efforts d’adaptation.

Recommandations pour les pays partenaires du Processus de Rabat

Sur la base de ces constats, l’événement a formulé des recommandations opérationnelles visant à renforcer les réponses politiques et programmatiques :

  1. Intégrer des analyses de risques robustes et des systèmes d’alerte précoce dans les programmes de préparation, et garantir la participation effective des communautés affectées dans  l’élaboration des plans d’adaptation.
  2. Dépasser les approches uniques en adaptant les politiques publiques aux spécificités des évènements climatiques à évolution rapide et des processus à évolution lente.
  3. Accroître les investissements dans des moyens de subsistance durable, une agriculture résiliente au climat, la gestion des ressources en eau, les infrastructures résilientes, la diversification des moyens de subsistance et le développement des compétences — en particulier pour les jeunes, les femmes et les communautés dépendantes des ressources — afin de réduire la vulnérabilité et de prévenir les mobilités de détresse.
  4. Garantir l’accès aux financements d’adaptation au changement climatique aux communautés vulnérables, en mettant en place des mécanismes inclusifs facilitant leurs candidatures.
  5. Promouvoir une approche double, permettant aux populations de rester sur place dans leur communauté et dans la dignité, tout en garantissant des voies de mobilité sûres et ordonnées lorsque cela devient nécessaire.
  6. Valoriser les transferts de fonds de la diaspora et les investissements dans le renforcement de la résilience climatique, et aligner les financements publics afin de compléter et d’amplifier les efforts d’adaptation déjà organisé au niveau local.

L’événement spécial a posé les bases d’un renforcement de la coopération sur la mobilité induite par le changement climatique dans le cadre du Processus de Rabat, en soutenant une transition vers des approches politiques plus anticipatives, inclusives et fondées sur des données probantes.