À l’occasion du lancement de la présidence suisse du Processus de Rabat, une réunion thématique intitulée « Réintégration durable et développement : renforcer les synergies » s’est tenue à Lausanne les 12 et 13 mai 2026. Coprésidée par la Suisse et la Tunisie, cette réunion a rassemblé plus de 80 représentants de 28 pays partenaires européens et africains, ainsi que des organisations régionales et internationales, afin de faire avancer la réflexion stratégique sur le renforcement du lien entre réintégration durable et développement.
S'appuyant sur le Plan d'action de Cadix, en particulier le domaine 5 (Retour, réadmission et réintégration), objectif 10, ainsi que sur le Produit de connaissances d'Abuja élaboré sous la présidence nigériane, la réunion a exploré la relation de renforcement mutuel entre la réintégration durable et le développement, et a examiné comment des politiques publiques plus cohérentes et intégrées peuvent maximiser les résultats des processus de réintégration en matière de développement.
Cette réunion a constitué une occasion unique d’approfondir la compréhension des participants de la nature multidimensionnelle de la réintégration durable, de réaffirmer le rôle central de l’appropriation nationale des processus de réintégration par les pays d’origine et d’explorer la relation de renforcement mutuellement bénéfique entre réintégration et développement. Les discussions ont mis en exergue la manière dont les programmes de réintégration peuvent contribuer au développement local et national, tout en reconnaissant que la réintégration durable dépend elle-même de conditions de développement favorables permettant aux personnes de retour de reconstruire leur vie personnelle et de participer pleinement à la vie de leur communauté.
Principaux enseignements
Les discussions ont mis en lumière plusieurs constats clés :
- La réintégration durable est un processus multidimensionnel. Les résultats de la réintégration dépassent le cas individuel du retour et sont influencés par des facteurs sociaux, économiques et institutionnels plus larges. Les personnes de retour ne peuvent contribuer de manière significative au développement que lorsque les conditions propices sont réunies, notamment le bien-être psychosocial, la reconnaissance des compétences, le renforcement de la résilience locale et l'accès à des opportunités économiques durables.
- L'appropriation nationale est le fondement d'une réintégration durable. La réintégration est particulièrement efficace lorsqu'elle est menée par les pays d'origine, qu'elle s'inscrit dans le cadre des priorités nationales, qu'elle s'appuie sur des données probantes et qu'elle bénéficie d’efforts coordonnés des gouvernements, des acteurs du développement et des partenaires internationaux. Il est essentiel de renforcer l'appropriation nationale pour passer d'approches axées sur des projets à des systèmes de réintégration durables.
- Pour libérer le potentiel de développement de la réintégration, il est primordial de renforcer la cohérence des politiques. La contribution des personnes de retour au développement n’est pas automatique ; elle dépend de conditions structurelles favorables et d’une plus grande cohérence entre les programmes de réintégration et les priorités de développement, ainsi qu’entre l’aide à la réintégration à court terme et les investissements à long terme dans les communautés d’accueil.
- Il est essentiel de renforcer la coordination au sein de l'écosystème de la réintégration et du développement en expansion croissante. Alors que le nombre d'acteurs, d'initiatives et de mécanismes de financement continue d'augmenter, une coordination et une harmonisation accrues sont nécessaires pour maximiser les résultats et éviter la fragmentation. Cela passe par des priorités communes, des initiatives conjointes, des mécanismes de coordination solides, ainsi que des approches impliquant l'ensemble du gouvernement et de la société.
- Le secteur privé peut jouer un rôle déterminant dans la réussite de la réintégration durable. Néanmoins, sa mobilisation ne peut être présumée et dépend de la capacité à démontrer la valeur économique que les personnes de retour sont susceptibles d'apporter aux économies locales et nationales. L'élaboration d'arguments économiques convaincants, mettant en lumière leurs compétences, leur potentiel entrepreneurial ainsi que leur contribution au développement économique, a été identifiée comme une condition essentielle pour encourager un engagement durable du secteur privé.
Perspectives
À l'avenir, le renforcement de la réintégration durable nécessitera une évolution progressive des approches fondées sur des projets de court terme vers des systèmes de réintégration inclusifs, pérennes, pleinement portés par les autorités nationales, intégrés aux stratégies plus larges de développement. Une telle évolution supposera de renforcer la cohérence entre les politiques migratoires, les politiques de développement et les politiques sectorielles, tout en favorisant des investissements durables dans le développement local, la création d'emplois, le développement des compétences et l'accès inclusif aux services socio-économiques.
La concrétisation de cette ambition devrait également reposer sur un renforcement de la coordination entre les acteurs de la migration et du développement, à travers des approches associant l'ensemble des administrations publiques et la société dans son ensemble. Il s'agira de mobiliser, dans un esprit de partenariat, les autorités nationales et locales, les organisations internationales, les partenaires de mise en œuvre, la société civile, le secteur privé ainsi que les autres acteurs concernés afin de maximiser les retombées positives de la réintégration durable pour les personnes de retour et pour les communautés d’accueil.
Enfin, le renforcement de la collecte de données, le suivi et l'évaluation seront déterminants pour mieux mettre en évidence la contribution de la réintégration au développement, améliorer l'efficacité des politiques publiques et des programmes, éclairer la prise de décision et conforter, dans la durée, l'engagement politique et financier nécessaire au renforcement des synergies entre réintégration durable et développement.
Session spéciale : Pacte européen sur la migration et l'asile
Enfin, la réunion a donné lieu à une session spéciale consacrée au Pacte européen sur la migration et l'asile, offrant aux partenaires du Processus de Rabat une occasion privilégiée d'échanger sur sa prochaine mise en œuvre et d'approfondir leur compréhension commune de cette réforme majeure. Plus largement, cette session a une nouvelle fois illustré la valeur ajoutée du Processus de Rabat en tant que cadre de dialogue euro-africain de confiance, permettant des échanges opportuns et éclairés sur les évolutions des politiques migratoires, tout en créant de nouvelles opportunités de coopération sur des enjeux d'intérêt commun.