Les 24 et 25 juin 2026, le Processus de Rabat a organisé à Genève, en Suisse, la deuxième réunion en présentiel du Réseau des Points Focaux Nationaux pour les personnes migrantes disparues. Coprésidée par la Suisse et la Gambie, avec le soutien actif du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), cette réunion a rassemblé plus de 50 participants issus de 20 pays partenaires africains et européens, ainsi que des représentants d’organisations internationales et régionales, de la société civile, des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et d’associations de familles.
S'appuyant sur le Domaine 3 du Plan d'action de Cadix, en particulier l'objectif 5b et l'action 17, la réunion a réaffirmé l'engagement commun à prévenir les décès et les disparitions de personnes migrantes et à renforcer la coopération entre les pays d'origine, de transit et de destination.
A la suite de la première réunion en présentiel tenue à Banjul en juillet 2025 et de cinq réunions en ligne organisées depuis le lancement du Réseau en 2024, la réunion de Genève a marqué une étape importante dans la consolidation du Réseau et le renforcement de sa dimension opérationnelle pour le traitement des cas de personnes migrantes disparues.
Dans un contexte où plus de 83 000 décès et disparitions de personnes migrantes ont été recensés dans le monde depuis 2014 (selon le projet « Migrants Disparus » de l’OIM), les discussions ont porté sur les moyens de renforcer la coopération entre les pays et les parties prenantes afin de prévenir les disparitions, de soutenir les efforts d’identification et d’apporter des réponses aux familles des personnes disparues.
Les Points Focaux Nationaux comme acteurs de la coopération
Cette réunion a mis en évidence l'intérêt du Réseau en tant que plateforme permettant d'instaurer la confiance, de renforcer la collaboration et de favoriser la mise en place de mesures concrètes face aux cas de personnes migrantes disparues dans un contexte transfrontalier.
Dans son allocation d’ouverture, Gehad Madi, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits humains des migrants, a souligné que les disparitions de personnes migrantes constituent une grave question en matière de droits de l’homme, aux conséquences humanitaires profondes pour les familles. Insistant sur le fait qu’aucun État ne peut relever ce défi seul, il a mis en avant le rôle du Réseau dans le renforcement de la coordination, la facilitation des échanges d’informations transfrontaliers, le soutien aux efforts de recherche et d’identification, ainsi que la garantie que les familles demeurent au cœur des réponses apportées.
En réunissant les institutions concernées par les cas de personnes migrantes disparues, les Points Focaux Nationaux peuvent contribuer à transformer des réponses fragmentées en une action coordonnée aux niveaux national et transfrontalier. Leur valeur ajoutée réside dans la facilitation de l’échange d’informations, le soutien à la gestion des dossiers et la promotion de cadres institutionnels durables, notamment des mécanismes de coordination, des procédures opérationnelles standardisées et des plans d’action nationaux.
Les discussions ont également mis en évidence que l'efficacité de la coopération transnationale repose sur une solide coordination au niveau national, associant les ministères compétents, les autorités chargées de l’application de la loi, les services de police scientifique, les autorités consulaires, les acteurs humanitaires, les organisations de la société civile et les associations de familles.
Plusieurs pays ont fait part de leurs expériences en matière de renforcement des cadres nationaux, notamment la création d'un Groupe de Travail National sur les personnes migrantes disparues en Gambie et la mise en place de mécanismes de coordination et de procédures opérationnelles standard à Djibouti.
Placer les familles au centre des priorités
Un large consensus s'est dégagé sur la nécessité d'adopter une approche centrée sur la famille.
Les participants ont souligné que les familles des personnes migrantes disparues devaient être considérées non seulement comme des bénéficiaires, mais aussi comme des parties prenantes à part entière et des partenaires essentiels dans les efforts de recherche et d'identification. Les familles disposent souvent d'informations précieuses, mobilisent leurs réseaux et jouent un rôle actif dans la recherche de réponses concernant le sort et le lieu où se trouvent leurs proches.
Les représentants des familles et les organisations de la société civile ont souligné l’importance d’une communication transparente, de mécanismes d’orientation clairs et d’informations régulières tout au long du processus de recherche et d’identification. Les discussions ont également mis l’accent sur la nécessité de renforcer la coopération avec les associations de familles et les réseaux communautaires, en reconnaissant leur contribution à l’instauration d’un climat de confiance et au soutien apporté aux familles.
Les Points Focaux Nationaux ont été encouragés à faciliter le dialogue entre les autorités, les familles et les acteurs de la société civile, et à promouvoir des mesures qui placent les besoins et les droits des familles au cœur des préoccupations.
Vers un Réseau plus opérationnel
Les discussions interactives et les sondages menés pendant la réunion ont mis en évidence une ambition commune : rendre le Réseau plus concret, plus accessible et davantage axé sur l'action.
Les participants ont souligné la nécessité de disposer de canaux de communication plus solides, de mécanismes d'orientation plus clairs, de favoriser des échanges réguliers entre les Points Focaux Nationaux, de développer les possibilités de renforcement des capacités et d'intensifier la coopération le long des routes migratoires communes. Ils ont également exprimé leur vision d'un Réseau favorisant l'apprentissage entre pairs, la promotion de bonnes pratiques et la mise en relation des institutions compétentes dans les différents pays.
Créé en 2024, le Réseau compte désormais 34 pays partenaires du Processus de Rabat. Il continue de se renforcer en tant que plateforme de coopération entre les États, les organisations internationales, les acteurs de la société civile et les familles.
La réunion de Genève a réaffirmé la conviction partagée selon laquelle le traitement des cas de personnes migrantes disparues nécessite une coopération soutenue, des mécanismes de coordination opérationnels et des partenariats transfrontaliers solides. À mesure que le Réseau se consolide, l’accent est de plus en plus mis sur les actions concrètes afin de renforcer la coopération entre les pays et les institutions, d'améliorer les réponses apportées aux familles et de contribuer à résoudre plus efficacement les cas de personnes migrantes disparues.
Cette réunion labellisée Processus de Rabat a été entièrement financée par la Suisse, à travers son Département fédéral des affaires étrangères. La Suisse assure actuellement la Présidence du Processus de Rabat.